Du Poète à l'Aventurier
Arthur en septembre-octobre 1871. Photographie de Carjat. | "L'Enfant de Colère" "L'Epoux Infernal" "L'Homme aux Semelles de Vent" ...................... "L'homme était grand, bien bâti, presque athlétique, au visage parfaitement ovale d'ange en exil, avec des cheveux châtain clair mal en ordre et des yeux d'un bleu pâle inquiétant" ...................... |
| Leur père rejoint ensuite définitivement son régiment à Grenoble, en abandonnant femme et enfants. Il prendra rapidement sa retraite à Dijon. Blessée, sa femme fait le silence sur lui. Les enfants reçoivent une éducation sévère, car leur mère craint pour eux le mauvais exemple du père, et celui des oncles Cuif.
Arthur Rimbaud à 10 ans parmi les élèves de l'institut Rossat (3ème assis à partir de la gauche) Arrive alors de Paris un nouveau professeur de rhétorique, Georges Izambard, lui-même poète. Celui-ci va se prendre d'affection pour Arthur et faire son bonheur en lui laissant l'accès à sa bibliothèque personnelle, ce que Mme Rimbaud apprécie peu car elle pense que la lecture de certains ouvrages peut pervertir son fils. Le 24 mai 1870, dans l'espoir d'être publié dans le Parnasse contemporain, Arthur envoie à Théodore de Banville : Sensation, Ophélie et Credo in Unam (première version de Soleil et Chair), puis l'année suivante Ce qu'on dit au poète à propos de fleurs. Ces échecs ne le découragent pas. |
| Le retour à la maison n'est pas très chaleureux. Aussi, Le 7 octobre, Arthur s'enfuit à nouveau, pour la Belgique (Charleroi) puis Bruxelles, avant de revenir chez les demoiselles Gindre à Douai. Là, il recopie ses poèmes et les envoie à Paul Demeny, jeune poète que lui a présenté Izambard. Le 1er novembre, sa mère le fait ramener à domicile par la police. Les locaux du collège ayant été réquisitionnés pour servir d'hôpital, les cours ne reprennent pas. Aussi Arthur va se mettre à fréquenter beaucoup la bibliothèque de Charleville. Le 25 février 1871, il refait une fugue, pour Paris, en train cette fois. Complètement fauché, il erre pendant quinze jours et finit par rentrer à pied à Charleville le 10 mars. |
Arthur en 1871. Dessin de Delahaye |
| Fin août, il écrit à Verlaine et lui envoie des poésies. Séduit, celui-ci l'invite à le rejoindre à Paris : "Venez, chère grande âme, on vous appelle, on vous attend ". A la mi-septembre, Rimbaud part à Paris avec son poème le Bateau ivre. Verlaine est marié à une riche fille de bourgeois, Mathilde Mauté de Fleurville, et vit chez ses beaux-parents. L'arrivée d' Arthur fait scandale dans la famille, de par sa tenue grossière, débraillée et insultante. Il se rend tellement indésirable, qu'il finit par être logé par les différents amis de Verlaine. Celui-ci se remet à boire et passe le plus clair de son temps à traîner avec Rimbaud. Ils fréquentent le cercle des poètes Zutistes (ou zutiques), fondé par Charles Cros, qui se réunit à L'Hôtel des Etrangers, boulevard Saint-Michel, et collaborent à l'Album collectif du groupe. Ernest Cabaner, le barman, apprend à Arthur les rudiments du piano selon la méthode du chromatisme musical, coloriant les notes et leur attribuant le son d'une voyelle (voir les explications sous le poème Voyelles). Rimbaud a été son assistant au club pendant quelques mois, ce qui lui permettait de dormir sur place. Mais avec son attitude maussade et hargneuse, ne ménageant personne, Arthur se fait rapidement mal voir. En mars, Verlaine ayant promis de rompre avec Rimbaud rentré à Charleville, elle accepte de reprendre la vie commune. De retour à Paris en mai, déçu par son expérience parisienne et par l'attitude de Verlaine qui préfère sa vie de bon père de famille, Arthur est décidé à voyager avec ou sans lui. Il le contacte et arrive à le convaincre de partir. Tous les deux s'enfuient à Bruxelles au mois de juillet 1872. Voulant ramener son mari à la maison, Mathilde part les rejoindre avec sa mère. Abandonnée dans la gare à la frontière par son mari qui préfère suivre Rimbaud, elle rentre à Paris et demande la séparation de corps et de b |
Verlaine et Rimbaud à Londres (sept-déc 1872) Dessin de Félix Régamey. | Ils quittent Londres le 4 avril. Verlaine part pour Namur, toujours obsédé par l'idée de se réconcilier avec sa femme. Mais elle refuse tout contact. Resté seul, Arthur rentre à Roche le 11 avril et commence à rédiger un Livre Païen, ou Livre Nègre, qui deviendra Une Saison en Enfer. |
Jusqu'en 1879, il va errer, le plus souvent à pied, dans toute l'Europe.
Arthur en septembre-octobre 1871. 2ème photographie de Carjat. |
| "Verlaine est arrivé ici l'autre jour, un chapelet aux pinces" écrit-il à Delahaye le 5 mars. "Trois heures après, on avait renié son dieu et fait saigné les 98 plaies de N.S. Il est resté deux jours et demi fort raisonnable et sur ma remonstration s'en est retourné à Paris". Rimbaud lui confie le manuscrit des Illuminations pour le faire éditer. Ils ne se reverront jamais plus. Arthur se trouve à cours d'argent et demande une aide financière à Verlaine par courrier. Celui-ci refuse catégoriquement. Arthur lui répond par une lettre d'injures et cesse toute correspondance avec lui. Verlaine continuera pourtant à s'intéresser au sort de son ami, envoyant des courriers restés sans réponse et recevant des nouvelles par l'intermédiaire de Delahaye ou Nouveau, leurs amis communs. De là, il regagne Paris, où il travaille comme répétiteur, puis revient à Charleville début octobre. Il passe l'hiver à étudier les langues, notamment le russe et l'arabe, puis se passionne pour la musique, et le piano. Le 18 décembre, Vitalie, sa soeur préférée meurt d'une synovite tuberculeuse. Très affecté, il se rase la tête en signe de deuil.
Rimbaud détroussé à Vienne, dessin de Paul Verlaine. Collection Musée Rimbaud, Charleville. C'est pas injuss' d'se voir dans un' pareill' situate ? Et pas la queu' d'un pauv' Keretzer sous la patte ! J'arrive à Vienne avec les meyeurs intentions (sans compter que j'compt' sur des brevets d'invention). En arrêvant j'me coll' quequ'Fanta comm' de jusse. Bon ! V'la qu'un cocher d'fiac m'vol tout, c'est pas injusse ? Voui, m'fait tout jusqu'à ma limace et mon grimpant Et m'plant' là dans Strass' par un froid pas foutant. Non ! vrai, pour un début en v'la-t-y un d'triomphe ! Ah ! la sal' bête ! Encor plus pir' que la daromphe ! F. Cée En marge : L'accent parisiano-ardennais desideratur. De retour à Charleville en décembre, il y passe l'hiver, puis repart vers le nord : Cologne, Brême. On le retrouve travaillant comme interprète dans un cirque en tournée au Danemark et en Norvège. Il essaie de s'engager dans la marine américaine. En 1878, il est vu à Paris au moment de Pâques, puis aide sa famille aux travaux de la ferme, durant l'été. En octobre, il repart à pied, traverse le Saint-Gothard dans la neige, et de Gênes, prend le bateau pour Alexand Le 16 décembre, il est à Chypre, chef d'équipe dans une carrière de pierre à Lanarka. Six mois plus tard, atteint de typhoïde, il revient se faire soigner à Roche. A l'automne 1879, faux départ. A Marseille, fiévreux, il rebrousse chemin et retourne à Roche. Delahaye, qui lui rend visite, raconte : "Je ne reconnus d'abord que ses yeux si extraordinairement beaux ! - à l'iris bleu clair entouré d'un anneau plus foncé, couleur pervenche. Les joues, autrefois rondes, s'étaient creusées, équarries, durcies. La fraîche carnation d'enfant anglais qu'il conserva longtemps avait fait place dans cet intervalle de deux années au teint sombre d'un Kabyle, et sur cette peau brune frisottait, nouveauté qui m'égaya, une barbe blond-fauve qui s'était fait attendre - il allait avoir vingt-cinq ans - comme il arrive, croit-on, aux gens de forte race. Autre signe de pleine virilité physique, sa voix perdant le timbre nerveux, quelque peu enfantin, que j'avais connu jusqu'alors, était devenue grave, profonde, imprégnée d'énergie calme."[...] "Le soir, après dîner, je me risquais à lui demander s'il pensait toujours... à la littérature. Il eut alors, en secouant la tête, un petit rire mi-amusé, mi-agacé, comme si je lui eusse dit : "Est-ce que tu joues encore au cerceau ?" et répondit simplement : "Je ne m'occupe plus de çà". Cet hiver dans les Ardennes lui est très pénible, il ne supporte plus le froid. En mars 1880, il regagne Chypre où il surveille la construction de la résidence du gouverneur. Puis il travaille dans une autre carrière de pierre. Au début août, il arrive à Aden et signe un contrat avec l'agence d'import-export Bardey et Cie. Il est chef de l'atelier de tri du café. Trois mois plus tard, il est affecté à la nouvelle succursale de Bardey, à Harar, en Abyssinie. En mai 1881, il contracte la syphilis. Alfred Bardey, qui est venu visiter la nouvelle agence, l'aide à se soigner. |
| | ![]() |
"Ceci est seulement pour rappeler ma figure et vous donner une idée des paysages d'ici". | Mais il s'ennuie : "[...] Pour moi, je regrette de ne pas être marié et avoir une famille. Mais à présent je suis condamné à errer, attaché à une entreprise lointaine, et tous les jours je perds le goût pour le climat et les manières de vivre, et même la langue de l'Europe. Hélas ! à quoi servent ces allées et venues, et ces fatigues et ces aventures chez des races étranges, et ces langues dont on se remplit la mémoire, et ces peines sans nom, si je ne dois pas un jour, après quelques années, pouvoir me reposer dans un endroit qui me plaise à peu près, et trouver une famille, et avoir au moins un fils que je passe le reste de ma vie à élever à mon idée, à orner et à armer de l'instruction la plus complète possible qu'on puisse atteindre à cette époque, et que je voie devenir ingénieur renommé, un homme puissant et riche par la science ? Mais qui sait combien peuvent durer mes jours dans ces montagnes-ci ? Et je puis disparaître au milieu de ces peuplades, sans que la nouvelle en ressorte jamais [...]" Lettre à sa famille, du 6 mai 1883 La société qui l'emploie ayant fait faillite, il ferme l'agence du Harar et revient à Aden en avril 1884, accompagné d'une Abyssinienne avec qui il vit pendant deux ans. |
| Pendant ce temps, à Paris, on commence à parler de lui. Verlaine a publié les Poètes Maudits, avec un chapitre sur l'homme aux semelles de vent, et au début de l'été 1886, les Illuminations paraissent dans la revue la Vogue. En France, des articles paraissent à son sujet, des poèmes sont publiés, il commence à être connu et suscite la curiosité. Arthur l'apprend par la lettre qu'il reçoit d'un ancien camarade de collège, Paul Bourde. Il la conservera précieusement. A Aden, le médecin de l'hôpital européen diagnostique une synovite, à un stade si avancé que l'amputation est nécessaire. Du fait de l'état d'épuisement et de sous-alimentation d'Arthur, la synovite va rapidement dégénérer en tumeur cancéreuse (carcinome). C'est aussi, héréditairement, le point faible de tous les enfants Rimbaud, puisque c'est une synovite compliquée de tuberculose qui a déjà emporté Vitalie, la jeune soeur d'Arthur, et qu'Isabelle mourra d'une affection similaire en 1922. Il trouve la force de liquider ses affaires, et le 9 mai, reprend le bateau pour la France. Le 27 mai, il est amputé de la jambe droite à l'hôpital de la Conception à Marseille. Sa mère le rejoint, puis repart. Arthur est désespéré de ce départ trop brutal et ne lui pardonnera pas. Il tente de réapprendre à marcher avec des béquilles, puis une jambe de bois. Pour ce grand marcheur, c'est une pénitence sans fin. Sa soeur devient la seule confidente de son désespoir : "[...] Je recommence donc à béquiller. Quel ennui, quelle fatigue quelle tristesse en pensant à tous mes anciens voyages, et comme j'étais actif il y a seulement 5 mois ! Où sont les courses à travers les monts, les cavalcades, les promenades, les déserts, les rivières et les mers ? Et à présent l'existence de cul-de-jatte. Car je commence à comprendre que les béquilles, jambes de bois et jambes mécaniques sont un tas de blagues et qu'on arrive avec tout cela qu'à se traîner misérablement sans pouvoir jamais rien faire. Et moi qui justement avait décidé de rentrer en France cet été pour me marier ! Adieu mariage, adieu famille, adieu avenir ! Ma vie est passée, je ne suis qu'un tronçon immobile [...]" Lettre à sa soeur Isabelle, du 10 juillet 1891 |
| Il meurt le 10 novembre 1891, à l'âge de 37 ans. Il est enterré à Charleville. |
|
"[...] Mais pour vivre toujours au même lieu, je trouverai toujours cela très malheureux. Enfin, le plus probable, c'est qu'on va plutôt où l'on ne veut pas, et que l'on fait plutôt ce qu'on ne voudrait pas faire, et qu'on vit et décède tout autrement qu'on ne le voudrait jamais, sans espoir d'aucune espèce de compensation [...]"
Lettre à sa famille du 15 janvier 1885.
Elle va s'employer, avec l'aide de son mari Paterne Berrichon (pseudonyme de Pierre-Eugène Dufour), grand admirateur de Rimbaud qu'elle épousera en 1897 après une longue correspondance, à faire publier l'oeuvre d'Arthur et des souvenirs biographiques.
Coexistent également plusieurs versions de certains poèmes, dans les lettres qu'il a écrites à ses amis, sans qu'on sache vraiment quelle est la version définitive. Certains, dont fait mention Verlaine dans ses écrits, sont perdus ou ont été détruits.
| A Arthur Rimbaud MORTEL, ange ET démon, autant dire : Rimbaud, Tu mérites la prime place en ce mien livre, Bien que tel beau grimaud t'ait traité de ribaud Imberbe, et de monstre en herbe, et de potache ivre. La prime place encore au temple de Mémoire Tous les flots de l'encens, tous les accords du luth ! Et ton nom resplendissant chantera dans la gloire, Parce que tu m'aimas ainsi qu'il le fallut. Les femmes te verront grand jeune homme très fort, Très beau d'une beauté paysanne et rusée, Avec une attitude indolemment osée ; L'histoire t'a sculpté triomphant de la mort, Poète tout puissant et vainqueur de la vie, Tes pieds blancs posés sur les têtes de L'Envie. Paul Verlaine - Tel que publié la première fois dans la revue "Le Chat Noir" le 24 août 1899. - Biographie par Catherine. Source : http://www.mag4.net/Rimbaud/Biographie1.html |
Publicité

















































